Longtemps cantonnées au rayon des solutions de repli, les boissons sans alcool vivent une mue spectaculaire. Le 8 février dernier, à la Maison de la Mutualité, le salon Degré Zéro a confirmé ce basculement : le no/low n’est plus un segment de substitution, mais un marché d’adhésion, porté par une génération de consommateurs qui refuse de choisir entre sociabilité et modération. Avec désormais un consommateur sur deux identifié comme flexidrinker, le secteur bascule d’une offre de substitution vers un marché d’adhésion.
Un marché qui parle enfin le langage du goût
Le changement le plus visible n’est pas seulement statistique — +70 % d’exposants par rapport à 2025, 112 marques venues de 12 pays, 43 lancements produits — mais sensoriel. Sur les stands, on ne parle plus d’« imiter » le vin, la bière ou le spiritueux. On parle d’équilibre, d’amertume maîtrisée, de texture, de longueur en bouche. Les bières 0.0 jouent la carte des houblons aromatiques, les vins désalcoolisés travaillent la précision acide, tandis que les nouvelles bases de cocktails explorent les fermentations, les infusions de plantes et les distillations à froid.
Cette montée en gamme attire désormais des acheteurs exigeants : groupes hôteliers, restaurateurs gastronomiques, cavistes spécialisés. Le salon a réuni un visitorat très qualifié, de Accor à Pernod Ricard en passant par Café de Flore ou Lagardère Travel Retail. Le sans-alcool sort ainsi du périmètre militant pour entrer dans les stratégies d’offre globales.
Le pairing 100 % no/low, nouvelle frontière
Signe des temps : les masterclasses ne se limitent plus à expliquer « comment remplacer » un gin ou un prosecco. Sommeliers et mixologues réfléchissent désormais à des accords mets/boissons intégralement sans alcool. Le pairing 100 % no/low devient une expérience gastronomique en soi.
Dans les cuisines de palace comme dans les bistrots créatifs, cette approche ouvre des territoires inédits : kombuchas affinés pour accompagner un poisson cru, infusions boisées pour dialoguer avec une viande rôtie, boissons fermentées pour prolonger un dessert peu sucré. Le sans-alcool ne cherche plus à singer le monde d’hier ; il invente ses propres codes.
L’international regarde Paris
Autre indicateur fort : 41 % des visiteurs venaient de l’étranger. Importateurs coréens, distributeurs scandinaves, acheteurs canadiens sillonnaient les allées à la recherche de références capables de répondre à une demande mondiale en accélération. Les vins à faible teneur en alcool ou sans alcool sont notamment en pleine expansion en Asie, où la quête de produits qualitatifs à prix juste devient stratégique.
Paris s’impose ainsi comme l’un des laboratoires du mouvement, au même titre que Londres ou Copenhague. Les marques historiques côtoient une myriade de start-up fonctionnelles, preuve que le secteur attire désormais investisseurs et créateurs.
De l’hybride au quotidien
Derrière les chiffres, une révolution culturelle se dessine. Le consommateur d’aujourd’hui navigue entre avec et sans alcool selon les moments, les lieux, l’humeur. Cette hybridation oblige les professionnels à repenser leurs cartes : proposer une alternative crédible à chaque verre, sans stigmatiser le choix de la modération.
Les prochains rendez-vous de Degré Zéro, à Marseille puis à Lyon, devraient confirmer cette trajectoire. Le sans-alcool n’est plus un simple chapitre de la carte des boissons : il en devient l’un des moteurs créatifs. Et peut-être, à terme, le nouveau langage de la convivialité.


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